Deuil Animaux

Bien vivre avec son chien, du premier jour au dernier

Accompagner la fin de vie

Faut-il rester présent jusqu'au bout

Main posée sur un chien âgé allongé

Le rendez-vous est pris, l’heure est notée quelque part, et il reste cette question que beaucoup de gens n’osent poser à personne : est-ce que je vais tenir, et est-ce que je dois tenir. Certains savent depuis toujours qu’ils resteront la main sur le flanc jusqu’à la fin. D’autres savent qu’ils ne franchiront pas la porte de la salle de consultation, et ils s’en veulent déjà, plusieurs jours avant.

C’est probablement le sujet le plus culpabilisant de toute la fin de vie animale, parce qu’il circule sur les réseaux sociaux avec une réponse unique et définitive : restez, sinon il vous cherchera du regard. Cette phrase a fait pleurer des centaines de milliers de personnes et en a poussé un certain nombre à rester alors qu’elles n’en avaient pas la force.

Il n’existe pas de bonne réponse ici, et ce n’est pas une précaution de langage. Les éléments qui suivent servent à décider, pas à orienter.

Ce que votre animal perçoit, et le moment où il ne perçoit plus rien

Une euthanasie se déroule presque toujours en deux temps. Le vétérinaire injecte d’abord un sédatif, en sous-cutané ou en intramusculaire, souvent une association d’un tranquillisant et d’un morphinique. L’animal s’endort en cinq à quinze minutes selon le produit et son état. Ensuite seulement vient l’injection intraveineuse de pentobarbital sodique, qui arrête le cœur en dix à trente secondes. Le déroulement complet est décrit dans comment se déroule une euthanasie chez le vétérinaire.

Cette chronologie change tout à la question qui vous occupe. Pendant la première phase, votre chien ou votre chat est conscient : il entend votre voix, il sent votre odeur, il reconnaît votre main. Après la sédation, il ne perçoit plus son environnement. La perte de conscience est réelle, pharmacologique, pas une façon de parler. Ce qui se passe dans les dernières minutes se passe sans lui.

Ce qu’on sait donc : votre présence compte tant qu’il est éveillé. Ce qu’on ne sait pas, et il faut le dire : personne ne peut établir ce qu’un chien comprend d’une salle de consultation, d’une table en inox, d’une absence. Aucune méthode ne permet de mesurer ça, et il n’y en aura pas. Les gens qui affirment le contraire, dans un sens comme dans l’autre, extrapolent.

« Il vous cherchera du regard » : d’où vient cette phrase

Elle vient d’un message publié sur la page Facebook d’une clinique sud-africaine, la Hillcrest Veterinary Hospital, écrit en majuscules et repris dans le monde entier. Un message publié plus tard sur Twitter par un propriétaire d’animal rapportait les propos d’un vétérinaire selon lequel 90 % des maîtres ne restent pas. Ce chiffre n’a jamais reposé sur rien : c’est une phrase entendue en consultation et recopiée.

Il y a une part de vrai dans l’observation de départ. Un animal posé sur une table dans un lieu inconnu lève souvent la tête et balaye la pièce du regard. Les vétérinaires le voient tous les jours, et pas seulement lors des euthanasies. Ce que le message ajoute, en revanche, c’est l’interprétation : il chercherait celui qui l’a abandonné, et il mourrait sur cette pensée. Cela suppose chez le chien une idée de la trahison et une conscience de sa propre mort dont on n’a aucune preuve.

Un texte conçu pour être partagé n’est pas un avis clinique. Vous avez le droit de ne pas le prendre pour tel.

Ce qui peut mal se passer quand on reste

L’argument inverse existe aussi, et on l’entend rarement parce qu’il est désagréable à formuler. Un propriétaire en panique agite son animal. Les chiens lisent la tension humaine dans la voix et dans la posture. Une personne qui sanglote fort en serrant son chien contre elle peut rendre ces cinq minutes plus difficiles, pas plus douces.

Le cas du chat est particulier. Un chat qui se débat sur une table doit être contenu fermement pour que la ponction veineuse soit possible, et voir son chat maintenu par deux personnes est une image dont beaucoup se seraient passées. Demandez à votre vétérinaire de vous prescrire un anxiolytique par voie orale à donner à la maison une à deux heures avant le rendez-vous. C’est une pratique courante en médecine féline et elle change réellement le déroulement.

Deux autres choses valent d’être sues avant. Le cathéter est souvent posé dans une autre pièce, ce qui veut dire que votre animal quitte vos bras quelques minutes, et cette séparation-là surprend beaucoup de gens. Et après l’arrêt du cœur, il arrive que le corps ait des mouvements musculaires, une ou deux inspirations réflexes, un relâchement des sphincters. Les yeux ne se ferment pas. Rien de tout cela n’est vécu par l’animal, qui est mort. C’est pourtant l’image qui reste en tête chez certaines personnes qui sont restées.

Les options qui existent entre rester et partir

La question est presque toujours posée en oui ou non, alors que la plupart des vétérinaires acceptent sans discuter des formules intermédiaires. Il suffit de les demander la veille, par téléphone, pour ne pas avoir à négocier au moment où vous ne pourrez plus parler.

  • Rester pendant la sédation, tenir la tête jusqu’à ce qu’il s’endorme, puis sortir avant l’injection finale.
  • Attendre dans le couloir ou dans la voiture, et revenir voir le corps une fois que c’est terminé. Voir le corps aide énormément à admettre la réalité de la mort.
  • Envoyer quelqu’un d’autre du foyer, votre conjoint, votre fils aîné, l’ami chez qui le chien passait ses vacances.
  • Dire au revoir la veille à la maison, dans le panier, sans témoin, et confier le rendez-vous à quelqu’un.
  • Faire venir le vétérinaire chez vous : comptez 150 à 250 euros contre 80 à 150 en cabinet. Chez vous, sortir dans le jardin cinq minutes ne demande aucune explication à personne. Les conditions sont détaillées dans l’euthanasie à domicile.

Deux détails pratiques que personne ne mentionne : réglez la facture à l’avance ou par virement le lendemain, parce que sortir sa carte bancaire trois minutes après est une épreuve inutile. Et demandez, si vous le souhaitez, une empreinte de patte ou une mèche de poils. Les cliniques le font couramment, mais elles ne le proposent pas toujours d’elles-mêmes.

Les enfants, et ceux qui ont déjà vu mourir quelqu’un

Aucun âge ne rend un enfant apte ou inapte. Ce qui change tout, c’est qu’on lui ait décrit précisément ce qui va se passer, y compris les yeux qui restent ouverts, et qu’il puisse dire non sans que cela lui soit reproché. Un enfant à qui la scène a été imposée en garde autre chose qu’un enfant qui a demandé à venir. S’il vient, il faut un adulte présent pour lui seul, prêt à sortir avec lui à la seconde où il le voudra. Avant six ou sept ans, la mort n’est en général pas comprise comme définitive, ce qui limite l’intérêt de la présence dans la pièce. Le sujet est traité à part dans expliquer la mort d’un animal à un enfant.

Si vous avez accompagné un parent en fin de vie, ou vu mourir quelqu’un dans de mauvaises conditions, la question ne se pose pas dans les mêmes termes. Les images se superposent, et une agonie animale peut rouvrir quelque chose qui n’était pas refermé. Refuser de revoir ça vous renseigne sur ce que vous êtes capable de porter aujourd’hui, et n’a rien à voir avec du courage. Si des semaines après le rendez-vous les images reviennent en flash, si vous évitez tout ce qui les rappelle, si le sommeil reste cassé au-delà de trois ou quatre semaines, parlez-en à un médecin ou à un psychologue. Ce type de réaction se traite bien, à condition de ne pas attendre un an.

Le souvenir que vous garderez, dans un cas comme dans l’autre

Des gens qui sont restés racontent que pendant des semaines, la première image qui leur venait en pensant à leur chien était celle de la table. Elle finit presque toujours par céder la place aux quinze années d’avant, mais pas immédiatement, et pas chez tout le monde. Des gens qui ne sont pas restés se le reprochent des années. D’autres n’y repensent jamais et vont très bien. Aucun élément ne permet de savoir d’avance dans quel groupe vous êtes.

Les regrets existent donc dans les deux sens, ce qui rend le choix moins lourd qu’il n’en a l’air : vous ne pouvez pas vous tromper de façon évitable. Si vous devez arbitrer sur un seul critère, arbitrez sur celui-ci : décidez vous-même, sans céder à un texte lu sur Facebook ni à la remarque de votre belle-sœur. Ce qui se retourne contre les gens, plus tard, c’est rarement l’option retenue. C’est le sentiment d’avoir été poussé.

Quelle que soit votre décision, elle vous reviendra en tête, et il faudra un moment pour la laisser tranquille. Cette mécanique-là est la même pour tous les choix de la fin de vie, et elle est décrite dans la culpabilité après la mort d’un animal. Vous avez pris un rendez-vous que personne ne veut prendre, pour abréger une souffrance. Le reste est une question d’organisation, pas de mérite.

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