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Euthanasie : comment savoir si c'est le moment

Chien âgé couché sur un tapis de salon

Personne ne peut vous dire si c’est le moment. Ni votre vétérinaire, ni votre famille, ni cet article. Ce qui existe, ce sont des façons de mettre des faits sur une impression, pour que la décision cesse de reposer uniquement sur ce que vous ressentez à six heures du matin.

La difficulté vient de ce que le signal clair n’arrive presque jamais. Il y a les cas tranchés en une heure, une hémorragie interne, une paralysie brutale. Le plus souvent l’état descend lentement, avec des remontées qui relancent l’espoir, et vous vous réveillez chaque jour en vous demandant si aujourd’hui ressemble à hier.

Écrivez ce qu’il aimait faire et ne fait plus

Prenez une feuille. Notez trois à cinq choses que votre chien ou votre chat aimait vraiment, des choses observables et datées, pas des généralités. Attendre derrière la porte quand la voiture se gare. Monter sur le lit sans aide. Réclamer devant le placard à croquettes. Ronronner sur des genoux.

Ensuite, regardez lesquelles il fait encore, et depuis quand il a arrêté les autres. Datez la feuille, rangez-la, relisez-la dans quinze jours. C’est cette comparaison qui a de la valeur, parce que la mémoire lisse tout : on ne se souvient plus qu’il montait seul sur le canapé au mois de mai.

Une nuance compte. Certaines choses disparaissent avec l’âge sans que l’animal souffre. Un labrador de treize ans qui ne court plus après la balle peut aller très bien, s’il a remplacé la balle par autre chose. Un chat qui ne chasse plus mais dort au soleil et vient manger n’est pas dans la même situation qu’un chat qui reste sous le lit toute la journée. Les signes physiques qui accompagnent ces retraits sont décrits dans Reconnaître la souffrance d’un animal en fin de vie.

Comptez les bons et les mauvais jours sur un calendrier

Affichez un calendrier sur le réfrigérateur et coloriez chaque soir la case du jour, une couleur pour bon, une autre pour mauvais. Le point décisif est de définir par écrit, à l’avance, ce qui fait un mauvais jour : il n’a pas mangé, il n’a pas pu se lever seul, il s’est sali, il a vomi, il a gémi plus d’une fois. Un ou deux critères suffisent, choisis avec votre vétérinaire.

Définir à l’avance sert à vous protéger de vous-même. Vos souvenirs sont écrasés par les dernières vingt-quatre heures : un dimanche correct efface une semaine difficile, et une mauvaise nuit fait oublier dix jours calmes. Le calendrier, lui, ne se souvient pas autrement.

Au bout de trois ou quatre semaines vous avez une image que personne ne peut contester, y compris les proches qui vous disent qu’il a encore de beaux moments. Regardez la pente autant que le rapport entre les cases. Deux mauvais jours par semaine en mars et cinq en avril disent quelque chose que la moyenne du mois ne dit pas.

La grille de qualité de vie, et ce qu’elle vaut

L’outil le plus utilisé s’appelle l’échelle HHHHHMM. Il a été construit par Alice Villalobos, oncologue vétérinaire américaine, pour ses propres patients en soins palliatifs. Vous notez sept critères de 0 à 10 :

  • la douleur, en incluant la capacité à respirer normalement,
  • la faim, et le fait de manger seul ou non,
  • la soif et l’hydratation,
  • la propreté, en particulier les souillures et les plaies,
  • le plaisir, l’intérêt pour ce qui l’entoure,
  • la mobilité, la capacité à se déplacer sans aide,
  • le fait d’avoir plus de bons jours que de mauvais.

Le total va jusqu’à 70. Son auteur considère qu’au-dessus de 35, poursuivre les soins de confort reste défendable, et qu’en dessous il faut discuter de l’euthanasie. Ce seuil est une convention, pas un verdict. Deux personnes qui notent le même chat le même soir arrivent facilement à quinze points d’écart.

Son intérêt est ailleurs. La grille vous oblige à regarder les critères que vous évitez, la propreté et la douleur en tête, et à leur donner un chiffre. Remplie chaque dimanche pendant un mois, elle montre une trajectoire. Faites-la remplir aussi par un proche qui vit avec l’animal sans être celui qui décide.

La question à poser à votre vétérinaire

La plupart des gens demandent : « que feriez-vous à ma place ? » Le vétérinaire répondra quelque chose de prudent, parce qu’il n’est pas à votre place et qu’il le sait. Demandez plutôt :

« Qu’est-ce qui va se passer si on attend, et à quoi ressemblera la fin s’il n’y a pas d’intervention ? »

Cette question-là, il peut y répondre, et sa réponse est concrète. Pour une tumeur de la rate, une hémorragie interne, souvent la nuit, à la maison. Pour une insuffisance rénale terminale, des vomissements, une déshydratation, parfois des convulsions. Pour un œdème pulmonaire, une suffocation progressive. Vous ne choisissez pas entre faire mourir et ne pas faire mourir, mais entre deux fins réelles, dont l’une aura lieu de toute façon.

Trois autres questions valent la peine : depuis combien de temps l’état est-il irréversible, ce que le traitement en cours change sur le calendrier des bons jours, et si l’euthanasie peut avoir lieu chez vous plutôt qu’en salle de consultation. Les conditions et les tarifs de cette option sont détaillés dans L’euthanasie à domicile.

Ce que le vétérinaire peut refuser, ce qu’il vous doit

L’article R242-48 du code rural, qui contient le code de déontologie vétérinaire, prévoit qu’un vétérinaire peut refuser des soins pour toute raison justifiée heurtant sa conscience. Cette clause vaut pour l’euthanasie. Un praticien a le droit de refuser d’euthanasier un animal en bonne santé, ou un animal dont le problème est un déménagement ou un comportement gênant. L’avis rendu en juillet 2020 par le comité d’éthique de l’Ordre national des vétérinaires confirme ce droit de refus pour motifs légitimes, en attendant du praticien qu’il cherche d’abord des solutions de placement.

Le même avis pose le devoir inverse. Devant un propriétaire qui refuse une euthanasie que le vétérinaire estime nécessaire, celui-ci doit expliquer la souffrance de l’animal, l’inefficacité des traitements et l’évolution probable, pour éviter l’acharnement thérapeutique. Il ne décide pas à votre place et n’a pas le droit de vous laisser dans le flou. Si vous sortez d’une consultation sans avoir compris ce qui attend votre animal, elle n’est pas terminée.

L’argent, qui pèse et que personne n’écrit

Le suivi d’une insuffisance rénale chronique chez le chat revient couramment entre 80 et 300 euros par mois : 50 à 90 euros d’alimentation thérapeutique, 20 à 40 euros de chélateur de phosphore, 30 à 60 euros de perfusions sous-cutanées, et un bilan rénal trimestriel à 80 ou 150 euros. Une chirurgie lourde se situe souvent entre 1 500 et 4 000 euros, un protocole de chimiothérapie peut dépasser 3 000 euros. À Paris et dans les grandes villes, comptez 20 à 40 % de plus qu’en province. L’euthanasie elle-même coûte généralement 50 à 200 euros au cabinet, 150 à 350 euros avec crémation collective, 300 à 600 euros avec crémation individuelle, et 50 à 150 euros de plus pour un déplacement à domicile.

Ces sommes entrent dans la décision de presque tout le monde et presque personne ne le dit. On préfère « il souffrait » à « je ne pouvais plus payer », alors que les deux phrases sont souvent vraies ensemble. Avant d’arbitrer, demandez un devis écrit, beaucoup de cliniques acceptent le paiement en plusieurs fois. Renseignez-vous sur les dispensaires de la SPA et de la Fondation Assistance aux Animaux, et sur le dispositif Vétérinaires pour tous, accessible sur orientation d’un travailleur social ou du CCAS, où il reste environ un tiers du coût à votre charge.

Arrêter des soins qu’on ne peut plus financer n’est pas un abandon. S’endetter sur deux ans pour un traitement qui ne change pas la couleur des cases du calendrier n’est pas une preuve d’amour supérieure.

Attendre trop longtemps, décider trop vite

Ces deux erreurs viennent du même endroit. La première est de repousser par peur de tuer. Il y a toujours une raison d’attendre encore un week-end, et il n’y en a jamais une de choisir mardi plutôt que mercredi. La fin arrive alors en urgence, un dimanche soir, dans une clinique de garde où personne ne connaît votre chien. Beaucoup de gens disent que c’est cela qu’ils regrettent, pas la décision.

La seconde est de trancher un soir d’épuisement. Les nuits sur le carrelage, les médicaments toutes les huit heures, les sols nettoyés, les vacances annulées : cette fatigue est réelle et elle compte, elle fait partie de la situation. Elle déforme aussi le jugement. La protection est simple : ne décidez rien le jour d’une crise. Posez une échéance à quarante-huit ou soixante-douze heures, dites-la à quelqu’un, et si les mêmes constats sont encore là trois jours plus tard, ils étaient solides.

Vous n’aurez pas de certitude, ni avant ni après. Le soulagement qui suivra ne prouvera rien, et le doute qui reviendra non plus, comme l’explique La culpabilité après la mort d’un animal. Ce qui reste en votre pouvoir, c’est de décider avec des éléments écrits plutôt qu’avec une impression, et de savoir à quoi ressemblera le moment venu, ce que décrit Comment se déroule une euthanasie chez le vétérinaire.

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