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Bien vivre avec son chien, du premier jour au dernier

Accompagner la fin de vie

Comment se déroule une euthanasie chez le vétérinaire

Mains d'une personne caressant un chien âgé

Personne ne vous décrit la salle avant que vous y entriez. On vous donne une heure au téléphone, vous raccrochez, et il vous reste l’image vague d’une piqûre et d’un animal qui s’endort. Ce qui se passe réellement est plus long, plus technique, et contient des détails que personne ne pense à annoncer. Ce sont précisément ces détails qui restent en mémoire chez les gens qui les découvrent sur le moment.

Ce qui suit décrit le déroulé habituel dans un cabinet vétérinaire français. Rien n’y est adouci. La partie la plus dure à lire est la quatrième section, celle qui raconte ce que fait le corps dans les minutes qui suivent l’injection. Vous pouvez la lire maintenant ou la sauter. Vous seul savez ce dont vous avez besoin ce soir.

Savoir à l’avance n’enlève rien à la peine. Cela évite seulement d’y ajouter la sidération.

Prendre le rendez-vous, et demander une heure creuse

Appelez en disant clairement de quoi il s’agit. L’assistant notera le motif dans le dossier, et vous n’aurez pas à l’expliquer à voix haute devant une salle d’attente pleine le jour venu. Demandez le dernier créneau de la journée, ou celui qui précède la pause de midi. À ces heures-là, la salle est vide, le téléphone sonne moins, et le vétérinaire n’a pas trois consultations qui s’accumulent derrière vous. Beaucoup de cabinets réservent d’eux-mêmes ces horaires à l’euthanasie, sans l’annoncer.

Demandez aussi s’il existe une autre entrée. Dans les structures un peu grandes, il y a presque toujours une porte de service ou une sortie côté parking qui évite de retraverser l’accueil avec un panier vide et le visage défait. Cela se demande au téléphone, pas au moment de partir.

Prévoyez quelqu’un pour conduire au retour. Vous ne serez pas en état, même si vous pensez le contraire en lisant ces lignes. Si vous hésitez encore sur la décision elle-même, l’article sur comment savoir si c’est le moment revient sur les critères concrets.

Ce que vous signez, et pourquoi régler avant

Avant l’acte, on vous présente un formulaire de consentement. Il reprend votre identité, l’identification de l’animal, le motif, et une phrase par laquelle vous reconnaissez que l’acte est irréversible. Vous le signez. Le code rural et de la pêche maritime, dans ses articles R.242-48 et R.242-49, oblige le vétérinaire à vous informer sur la nature de l’acte et sur son coût avant de le pratiquer. Le formulaire écrit n’est pas imposé partout, mais la plupart des cabinets en font signer un.

Le même document vous demande de choisir ce qu’il advient du corps : crémation collective, crémation individuelle avec restitution des cendres, ou récupération du corps par vos soins. Décidez avant d’arriver, en famille si besoin. Cette question posée cinq minutes après, quand vous n’arrivez plus à parler, est la plus mal placée de la journée. Les tarifs de crémation varient beaucoup selon le poids et le prestataire.

Demandez à régler en arrivant, ou même par téléphone la veille. Sortir la carte bancaire au comptoir deux minutes après, devant d’autres clients, est une épreuve dont vous pouvez vous dispenser. Les cabinets acceptent presque toujours quand la demande est formulée à l’avance.

Le cathéter, la sédation, puis l’injection

Une assistante tond une petite zone sur une patte avant et pose un cathéter dans la veine. Ce geste est le seul vraiment désagréable de la séance, et il dure quelques secondes. Dans certains cabinets, l’animal part en salle de soins pour cette étape et revient deux minutes plus tard. Vous pouvez demander que cela se fasse devant vous, c’est en général accepté.

Le vétérinaire injecte ensuite un sédatif par ce cathéter. Le corps s’affaisse, la tête se pose, la langue sort parfois de la gueule, la respiration devient lente et profonde. Ce n’est pas le sommeil du soir près de vous, c’est une anesthésie : il ne perçoit plus rien, ni la table, ni le bruit, ni votre voix. Comptez cinq à dix minutes. C’est le moment où vous pouvez encore le toucher, lui parler, poser votre front contre le sien sans le déranger.

Puis le vétérinaire vous demande si vous êtes prêt. Prenez le temps de répondre, personne ne vous pressera. L’injection finale est lente, une dizaine de secondes. Le cœur s’arrête dans la minute qui suit, souvent en moins de trente secondes chez un animal déjà affaibli. Le vétérinaire pose son stéthoscope, écoute, attend, réécoute, puis vous dit qu’il est parti. Ces vingt secondes de silence pendant qu’il écoute sont très longues.

Ce que vous allez voir, et que personne ne prévient

Les yeux restent ouverts. Ils ne se ferment pas. Fermer les paupières demande une commande nerveuse qui n’existe plus. Le vétérinaire peut les rabattre avec la main, elles se rouvriront en partie. C’est la première chose qui choque, parce que toutes les images que nous avons en tête montrent des yeux qui se ferment.

Il y a souvent des derniers soupirs. Une ou plusieurs grandes inspirations bruyantes, parfois une ou deux minutes après l’arrêt du cœur. C’est un réflexe du tronc cérébral, pas une respiration. Plus personne ne la commande. Ces soupirs font croire une seconde que tout n’est pas fini, et cette seconde-là est cruelle. Elle ne signifie rien.

Le corps bouge. Une patte qui se tend, un tremblement du flanc, parfois une secousse assez marquée. Ce sont des décharges musculaires qui surviennent sur un animal qui ne sent plus rien.

Les sphincters se relâchent. Il y a de l’urine, parfois des selles, presque toujours quelque chose. Les tables sont couvertes d’une alèse absorbante pour cette raison. Si vous avez apporté sa couverture, elle sera peut-être salie : prévoyez-le si vous comptez la garder telle quelle.

Rien de tout cela n’indique une souffrance ou une conscience. C’est un corps qui s’arrête, avec des réflexes qui s’éteignent plus tard que le cerveau. Le savoir avant change beaucoup, parce que ces images sont exactement celles qui reviennent la nuit chez les personnes qui ne les attendaient pas. Certains préfèrent ne pas les voir et sortir avant l’injection : rester présent jusqu’au bout n’est ni un devoir ni une preuve d’amour.

Du moment où vous entrez à celui où vous ressortez, comptez vingt à quarante minutes.

Ce que ça coûte en cabinet

Pour l’acte seul, sur rendez-vous et aux heures ouvrables, les grilles publiées par les cliniques françaises tournent autour de 75 euros pour un animal de moins de 5 kg, 90 euros entre 5 et 20 kg, et 110 à 150 euros au-dessus, avec une moyenne proche de 100 euros. La sédation préalable est comprise chez beaucoup de vétérinaires et facturée 20 à 40 euros de plus chez d’autres. Posez la question au téléphone, elle n’a rien d’indécent.

Le devenir du corps s’ajoute et n’est jamais inclus dans le prix de l’acte. La crémation collective va d’environ 50 à 150 euros, l’individuelle avec restitution des cendres de 70 à 270 euros selon le poids. Une intervention en urgence, la nuit ou le dimanche, majore l’ensemble.

Si la somme est hors de portée, dites-le. L’association Vétérinaires pour tous intervient sous conditions de ressources auprès de vétérinaires partenaires, les dispensaires de la SPA et ceux de la Fondation Assistance aux Animaux pratiquent des tarifs adaptés, et beaucoup de cabinets acceptent un règlement échelonné. Repousser par manque d’argent un acte devenu nécessaire coûte plus cher à l’animal.

Ce que vous pouvez demander

Presque tout se demande, et presque tout est accordé. Les vétérinaires ont l’habitude, c’est vous qui n’osez pas.

  • Apporter son panier ou sa couverture, et faire l’acte dessus plutôt que sur l’inox
  • Le garder sur vos genoux ou par terre, à même le sol, plutôt que sur la table
  • Rester seul avec lui après, cinq ou dix minutes, la porte fermée
  • Couper une mèche de poils, prendre une empreinte de patte dans l’argile, souvent proposée entre 15 et 40 euros et parfois offerte
  • Sortir par la porte de service sans repasser par l’accueil
  • Venir accompagné, et faire entrer un enfant si vous l’avez préparé

Ces traces se prennent sur le moment ou jamais. Les urnes, empreintes et objets souvenirs valent la peine d’y réfléchir la veille, pas trois semaines plus tard quand il est trop tard pour la mèche.

Dans les jours qui suivent, les images de la salle reviendront. Elles s’espacent d’elles-mêmes chez la plupart des gens. Si elles s’imposent encore plusieurs semaines après, si vous ne dormez plus, si vous vous coupez de vos proches ou si le travail ne suit plus, parlez-en à votre médecin. Il n’y a aucune faiblesse à demander de l’aide quand on a tenu la tête de son chien pendant qu’il mourait.

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