Deuil Animaux

Bien vivre avec son chien, du premier jour au dernier

Comprendre le deuil

La culpabilité après la mort d'un animal

Femme assise seule tenant un collier de chien

Il y a le chagrin, et il y a cette autre chose qui arrive souvent plus vite : la certitude d’avoir mal fait. Vous refaites la chronologie des dernières semaines. Vous cherchez le moment où l’issue aurait pu basculer. Vous finissez par le trouver, parce qu’en cherchant assez longtemps, on le trouve toujours.

Cette culpabilité touche presque tout le monde après la mort d’un chien ou d’un chat, et elle n’a presque jamais de rapport avec ce qui s’est réellement passé. Des gens qui ont dépensé 3 000 euros en examens s’accusent de ne pas en avoir fait assez. Des gens qui sont restés trois nuits par terre à côté de leur chienne se reprochent d’être sortis dix minutes.

On ne va pas vous répondre que vous n’y êtes pour rien. Cette phrase ne soulage personne, et il lui arrive d’être fausse. On va plutôt regarder ce que vous vous reprochez, forme par forme, et d’où vient l’impression d’évidence qui accompagne ces reproches.

Pourquoi tout paraît évident maintenant

En 1975, le psychologue américain Baruch Fischhoff a publié une expérience restée célèbre. Des participants devaient estimer la probabilité de différents événements. Ceux à qui on révélait ensuite le résultat se souvenaient d’avoir annoncé ce résultat, alors que leurs estimations initiales disaient autre chose. Fischhoff a appelé cela le biais rétrospectif : une fois qu’on connaît la fin, on ne peut plus la désapprendre, et tout ce qui précède se réorganise autour d’elle.

C’est exactement ce qui se passe quand vous relisez les derniers mois. La boiterie de mars, les deux jours sans appétit en avril, le fait qu’il dormait davantage. Aujourd’hui, ces trois éléments forment une ligne droite qui mène au diagnostic. À l’époque, ils étaient noyés dans des centaines d’autres informations tout aussi banales, et un chien de douze ans qui mange moins pendant deux jours, c’est le plus souvent un chien de douze ans qui mange moins pendant deux jours.

Un test utile : demandez-vous ce qu’un vétérinaire aurait conclu ce jour-là, avec ces seuls éléments, sans connaître la suite. La réponse honnête est presque toujours « rien de précis ». C’est d’ailleurs pour cette raison que beaucoup de cancers sont découverts tard chez l’animal, y compris chez des animaux suivis régulièrement.

Ce que vous vous reprochez, précisément

Avoir décidé l’euthanasie

Vous avez signé un papier, vous avez dit oui, vous avez fixé une heure. Aucune autre situation dans une vie ne ressemble à celle-là, et le vocabulaire manque pour la décrire sans qu’elle sonne comme un meurtre. La décision était la vôtre, c’est vrai. Elle a été prise avec ce que vous saviez à ce moment précis, dans un cabinet, en quelques minutes, souvent après une nuit blanche. Le vétérinaire vous a proposé cette option parce que la maladie ne laissait pas d’autre issue supportable, pas parce que vous étiez fatigué. Si vous tournez encore autour de la question du bon moment, elle est traitée en détail dans Euthanasie : comment savoir si c’est le moment.

L’avoir repoussée

Le reproche inverse est aussi fréquent. Vous avez demandé encore une semaine, encore un week-end, le temps que votre fille rentre. Vous vous dites maintenant que ces sept jours ont été sept jours de souffrance inutile. Personne ne peut évaluer ce que cette semaine a coûté à votre chat, ni ce qu’elle lui a apporté. Vous avez pris la décision la plus difficile de votre vie de propriétaire d’animal en essayant de ne pas la prendre trop tôt. C’est le contraire d’une négligence.

Ne pas avoir vu les symptômes

Les chats, en particulier, dissimulent la douleur jusqu’à un stade très avancé, ce qui est un héritage de comportement de proie et pas un défaut d’attention de votre part. Chez le chien, une tumeur de la rate peut rester totalement silencieuse jusqu’à l’hémorragie interne qui tue en quelques heures. Une insuffisance rénale féline se voit au bilan sanguin quand environ les deux tiers de la fonction rénale ont déjà disparu. Vous n’avez pas raté des signes évidents : les signes n’étaient pas évidents.

Ne pas avoir eu l’argent

C’est le reproche le plus dur, et celui qu’on esquive le plus souvent. Une chirurgie lourde chez le chien tourne fréquemment entre 1 500 et 4 000 euros, un protocole de chimiothérapie peut dépasser 3 000 euros, une hospitalisation en urgence de nuit se compte en centaines d’euros par jour. Vous avez dit non parce que la somme n’existait pas sur votre compte. Une contrainte matérielle vous a été imposée, et vous l’avez subie plutôt que choisie.

Il existe des aides que beaucoup de gens découvrent trop tard : les 12 dispensaires de la SPA, les 7 dispensaires de la Fondation Assistance aux Animaux, le dispositif Vétérinaires pour tous, accessible sur orientation d’un travailleur social ou du CCAS, où le propriétaire règle environ un tiers du coût. Les savoir aujourd’hui ne change rien à ce qui s’est passé. Cela peut servir un jour, à vous ou à quelqu’un que vous connaissez.

Ne pas avoir été là

Vous étiez au travail. Vous êtes sorti de la salle avant l’injection. Vous avez laissé le vétérinaire s’en charger pendant que vous attendiez dans la voiture. Un animal qui meurt seul dans un box la nuit ne pense pas que vous l’avez abandonné, il n’a pas cette représentation du temps ni de l’engagement. Sur ce point précis, Faut-il rester présent jusqu’au bout détaille ce que voit l’animal et ce que voit la personne, sans présenter l’une des deux options comme la bonne.

Avoir ressenti du soulagement

Après des mois de médicaments toutes les huit heures, de sols nettoyés à quatre heures du matin, de vacances annulées et de factures, il arrive qu’un souffle passe le lendemain de la mort. Beaucoup de gens en ont honte au point de ne le dire à personne. Ce soulagement ne porte pas sur la mort de votre chien, il porte sur la fin d’un épuisement réel. Les deux sentiments cohabitent sans se contredire.

Si vous avez réellement commis une erreur

Cela arrive, et l’éviter dans un article sur la culpabilité revient à laisser seuls ceux qui en ont le plus besoin. Un portail mal refermé. Une plaquette de chocolat noir laissée sur la table basse. Un flacon d’antigel dans le garage. Un rendez-vous vétérinaire repoussé trois fois faute de temps, et le diagnostic tombé un mois trop tard. Une laisse détachée près d’une route.

Dans ces cas, entendre « vous n’y êtes pour rien » est insultant, parce que c’est faux. Ce qui aide davantage, c’est de nommer exactement ce que vous avez fait, sans y ajouter tout ce que vous n’avez pas fait. Vous avez été distrait, pressé, ou vous avez mal évalué un risque. Vous n’avez pas voulu la mort de votre animal, et il y a une différence de nature, pas de degré, entre une inattention et une intention.

Le remords, contrairement à la culpabilité diffuse, peut se transformer en quelque chose. Certaines personnes donnent le reste du budget alimentaire à un refuge, d’autres deviennent famille d’accueil, d’autres racontent l’accident autour d’elles pour que le voisin range son antigel. Aucune de ces démarches n’efface quoi que ce soit, l’absolution n’existe pas. Elles donnent au remords un endroit où aller.

Quand la culpabilité devient un problème médical

La culpabilité normale s’atténue par vagues sur quelques semaines. Elle revient aux dates anniversaires, elle finit par occuper moins de place. Certains signes indiquent qu’elle s’est installée comme un symptôme et qu’un professionnel doit entrer dans l’histoire :

  • des ruminations qui tournent en boucle et empêchent de dormir plus de trois ou quatre semaines,
  • un arrêt de travail, un isolement social ou une consommation d’alcool qui augmente,
  • l’incapacité à passer devant la clinique vétérinaire ou à ouvrir une photo,
  • des idées noires vous concernant.

Depuis juin 2024, le dispositif Mon soutien psy permet de consulter un psychologue partenaire sans passer par un médecin, jusqu’à 12 séances par an, au tarif de 50 euros la séance dont 30 euros remboursés par l’Assurance Maladie. En libéral, une consultation coûte le plus souvent entre 50 et 80 euros. Il existe aussi une écoute téléphonique gratuite et anonyme tenue par des bénévoles de l’association Entraide Anima-Deuil, ainsi que des groupes de parole en petit comité. Le sujet est développé dans Quand consulter un psychologue après la perte d’un animal.

Ce qui fait reculer la culpabilité, ce n’est pas un raisonnement. Vous pouvez comprendre parfaitement le biais rétrospectif et continuer à vous réveiller à trois heures du matin en pensant au vendredi où vous auriez dû appeler. Ce qui la fait reculer, c’est le temps, le fait de la dire à voix haute à quelqu’un qui ne minimise pas, et le moment où le souvenir de votre chien cesse d’être organisé autour de sa mort. Ce moment arrive, plus tard qu’on ne le voudrait, comme le décrivent les étapes du deuil animalier.

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