Deuil Animaux

Bien vivre avec son chien, du premier jour au dernier

Vivre avec l'absence

Reprendre un animal après un deuil : trop tôt, ou pas

Un panier de chien vide dans un salon

Il y a celles qui rentrent d’un refuge avec un chaton trois semaines après la mort de leur chat, et qui n’en parlent à personne pendant un mois. Il y a ceux qui, deux ans après, ont encore la laisse au portemanteau et n’osent pas ouvrir une page d’annonces. Les uns et les autres se posent la même question et redoutent le même verdict.

Il n’existe pas de délai correct. Aucun texte, aucune recommandation de vétérinaire ou de psychologue ne fixe un nombre de mois au-delà duquel il serait convenable de reprendre un animal, et en deçà duquel ce serait indécent. Les durées qui circulent dans les commentaires et dans les conversations de famille ne viennent de nulle part.

Ce qui existe, ce sont quelques questions précises qui n’ont rien à voir avec le calendrier. Vous pouvez y répondre franchement, que la mort remonte à trois semaines ou à quatre ans.

Le délai de décence n’a jamais été qu’une convenance

L’idée d’un temps obligatoire avant de refaire sa vie vient du deuil humain, et même là elle a mal vieilli. Le code civil imposait aux veuves un délai de viduité de trois cents jours avant de se remarier, supprimé par la loi du 26 mai 2004. Il servait à établir la filiation d’un enfant à naître, pas à mesurer un chagrin, mais il a longtemps été lu comme une règle de bienséance.

Rien de comparable n’a jamais existé pour les animaux, et la règle se transmet quand même. Elle fait deux victimes symétriques. Celle qui reprend vite et se cache pour le faire, qui ne dit pas au vétérinaire que le chat précédent est mort il y a cinq semaines. Celle qui attend, attend encore, et finit par ne plus reprendre du tout parce qu’elle a intégré qu’elle n’en avait pas le droit. Les travaux sur la durée d’un deuil animalier donnent des ordres de grandeur pour le chagrin, jamais pour l’adoption suivante.

L’argument inverse ne tient pas mieux. Un nouveau chien ne prend la place de personne, parce que cette place n’est pas un objet qui se libère. Vous aurez deux chiens dans la tête, l’un mort, l’autre vivant, et l’affection n’est pas une quantité finie qu’il faudrait partager. Si vous vous sentez déloyal malgré tout, cela relève souvent de la culpabilité qui suit la mort d’un animal et se travaille séparément de la décision d’adopter.

Les questions qui remplacent celle du délai

La première est celle-ci : est-ce que vous cherchez un animal, ou est-ce que vous cherchez celui que vous avez perdu. C’est la seule qui prédise vraiment les dégâts. Y répondre demande de s’observer un peu. Quand vous regardez des annonces, est-ce que vous écartez d’emblée tout ce qui ne ressemble pas, est-ce que vous vous surprenez à chercher une tache blanche au même endroit sur le poitrail.

La deuxième porte sur ce que vous supporterez. Un chiot ne sait pas monter en voiture, ne connaît pas la maison, salit le couloir pendant six à huit semaines et vous réveille la nuit les premiers temps. Un chien adulte sorti de refuge arrive avec des habitudes que vous n’avez pas choisies, parfois une peur des hommes ou des escaliers. Après quinze ans passés avec un animal qui savait tout, ce retour à zéro est plus rude qu’on ne l’imagine, et il tombe au moment où la fatigue du deuil est encore là.

La troisième concerne le foyer. Pas « ne s’y oppose pas », vraiment d’accord. Un conjoint qui cède pour éviter une dispute ressortira le sujet au premier tapis souillé, et l’animal en paiera le prix.

La quatrième regarde ce qui a changé depuis la dernière fois. Vous aviez peut-être quarante ans, un jardin et des horaires souples quand le précédent est arrivé. Vous en avez soixante, un appartement et un genou fragile. Le budget se compte aussi : entre 700 et 1 500 euros par an pour un chien de taille moyenne selon la nourriture, l’assurance et les soins courants, moins pour un chat, davantage dès que la vieillesse s’installe. Aucune de ces quatre questions ne comporte de date.

Le sosie ne fonctionne pas

Reprendre la même race, la même robe, parfois le même nom est une tentation forte, et elle se retourne presque toujours. Deux golden retrievers ne sont pas deux exemplaires d’un même chien. Le second dort dans une autre pièce, ne réagit pas au sifflement qui marchait, refuse le brossage que l’autre réclamait. Chaque écart devient une petite déception, et les déceptions finissent par se transformer en reproches adressés à un animal qui n’a rien demandé.

Le nom est le piège le plus fréquent. Vous l’appellerez et vous entendrez l’ancien, pendant les semaines qu’il faudra au nouveau pour y répondre. Un test simple aide à trancher : si le chien ou le chat que vous envisagez avait le poil d’une autre couleur, est-ce que vous le voudriez encore.

Ressortir la gamelle, le panier et le collier du précédent part d’une bonne intention et se révèle souvent pénible. Voir un autre museau dans la même écuelle cabossée fait un effet auquel on ne s’attend pas. L’article consacré à ce qu’on peut faire des affaires de son animal détaille les options.

Un animal qu’on ne vous a pas demandé si vous vouliez

Il arrive qu’un proche décide à votre place et débarque avec un chiot dans une couverture. L’intention est bonne, le résultat rarement. Vous héritez d’un animal choisi par quelqu’un d’autre, au moment choisi par quelqu’un d’autre, et vous n’avez plus le droit de dire non sans passer pour un ingrat.

La loi vous donne un argument. Depuis le 1er octobre 2022, la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale impose un certificat d’engagement et de connaissance pour tout chien, chat, furet ou lagomorphe. Le futur détenteur doit le signer lui-même, et la cession ne peut pas intervenir moins de sept jours après. Le texte s’applique aussi aux dons entre particuliers. Un chiot déposé dans vos bras en cadeau surprise est donc irrégulier, et le manquement constitue une contravention de troisième classe.

Sept jours de réflexion imposés par la loi, cela se dit sans blesser personne. Si l’animal est déjà chez vous et que vous savez que ce n’est pas possible, mieux vaut le rendre dans les premiers jours que dans six mois. Le proche qui l’a acheté peut le reprendre, et un refuge acceptera de le placer.

L’autre animal du foyer, et les enfants

Quand il reste un chien ou un chat à la maison, son comportement des premières semaines se lit mal. Certains cherchent, dorment devant la porte, mangent moins. D’autres s’installent sur le canapé qu’ils n’avaient jamais eu le droit d’occuper et vont visiblement mieux seuls. Les deux réactions existent, y compris chez des animaux qui vivaient ensemble depuis dix ans. Laissez passer quatre à six semaines avant de conclure, et parlez-en au vétérinaire si l’appétit ne revient pas. Prendre un nouvel animal pour soigner le survivant est un pari que rien ne garantit, et qui crée parfois un conflit de territoire chez un chat âgé.

Le chiot offert pour consoler un enfant pose un problème différent. L’enfant conclut assez logiquement que ce qui disparaît se remplace, ce qui complique la conversation le jour où c’est un grand-parent. Le chiot devient en pratique la charge des parents, souvent au pire moment. Un enfant qui réclame un autre chien ne demande pas toujours un chien, il demande parfois qu’on lui explique où est passé le premier, et comment on parle de la mort d’un animal à un enfant mérite d’être réglé avant d’ouvrir une annonce.

Ce que voient les refuges

Dans son bilan 2025, la SPA a recueilli 42 373 animaux et en a fait adopter plus de 39 500, avec un taux de retour de 2,4 %, contre 2,7 % l’année précédente. Ce chiffre englobe tous les motifs et ne dit rien du deuil en particulier. Aucune statistique française ne mesure la part des adoptions décidées juste après une perte.

Le scénario qui échoue ressemble pourtant souvent à ceci : une adoption engagée dans les jours qui suivent une mort, un enthousiasme réel les deux premières semaines, puis un appel au refuge au bout d’un mois ou deux pour un motif qui paraît mince vu de l’extérieur, le chien aboie, le chat griffe le fauteuil, ce n’était pas ce que j’imaginais. Le motif invoqué recouvre presque toujours la même chose, l’écart entre l’animal qui est là et celui qu’on attendait.

C’est aussi pour cela que les entretiens d’adoption sont longs et que certains refuges posent frontalement la question du précédent animal. Une réponse du type « il est mort il y a dix jours et je ne supporte pas la maison vide » ne ferme aucune porte, elle oriente vers un profil moins exigeant. La durée moyenne de séjour à la SPA dépasse deux mois pour un chien et approche un mois et demi pour un chat, ce qui laisse le temps de revenir voir le même animal trois fois avant de décider.

Beaucoup de gens tranchent en une seconde, devant un box, après avoir juré pendant un an qu’ils ne reprendraient jamais. D’autres attendent quatre ans et adoptent posément un chat de neuf ans dont personne ne voulait. Les deux se produisent, et ni l’un ni l’autre ne dit quoi que ce soit de ce que vous avez ressenti pour celui qui est mort.

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