Deuil Animaux

Bien vivre avec son chien, du premier jour au dernier

Vivre avec l'absence

Que faire des affaires de son animal

Un panier de chien vide dans un salon

Le panier est toujours entre le canapé et le radiateur. La gamelle aussi, avec un fond d’eau que vous n’avez pas vidé. Le collier attend sur le meuble de l’entrée, à l’endroit exact où vous l’avez posé en rentrant de la clinique. Trois semaines ont passé et rien n’a bougé.

La question a l’air triviale et elle immobilise des gens pendant des mois. Peu de personnes osent la poser, parce qu’elle paraît matérielle et qu’on a honte de s’en préoccuper au milieu d’un chagrin. Elle a pourtant une vraie dimension pratique : les croquettes se périment, la cage de transport prend de la place dans un couloir, la gamelle finira par être lavée un jour ou l’autre.

Il n’existe pas de règle. Ni « il faut tout ranger pour tourner la page », ni « gardez tout, c’est ce qui vous reste ».

Deux erreurs opposées qui se valent

La première est de tout faire disparaître dans les quarante-huit heures. La maison devient insupportable, on remplit deux sacs le soir même, tout part à la déchetterie. Le soulagement est immédiat et il tient quelques jours. Le regret arrive plus tard, et il porte presque toujours sur les deux mêmes objets : le collier et le jouet préféré, celui qui était devenu informe à force d’être mordu. Le reste, personne ne le regrette. Ces deux-là, si. Ils ne prennent aucune place et ce sont les seuls que la mémoire réclame ensuite.

La seconde erreur est l’inverse. Un an plus tard, la gamelle est encore au sol, le panier occupe le même mètre carré, les croquettes ont dépassé leur date depuis longtemps. Ce qui a commencé comme un refus légitime de bouger s’est transformé en décor. Chaque objet redevient un déclencheur, plusieurs fois par jour, dans une pièce que vous traversez pour aller travailler. Le chagrin s’espace déjà tout seul avec les mois, et la durée d’un deuil animalier n’a pas besoin d’être allongée par un rappel permanent au sol.

Ni l’une ni l’autre n’est une faute. Elles ont le même défaut, décider à un moment où l’on décide mal.

Trier en trois temps plutôt qu’en une fois

Le principe tient en une idée : séparer « je ne veux plus le voir » de « je veux m’en débarrasser ». Ce sont deux choses différentes et la plupart des gens les confondent.

Les premiers jours, ne jetez rien. Mettez de côté deux ou trois objets à charge forte, le collier, la médaille gravée, le jouet. Un tiroir suffit. Hors de vue, dans la maison. Ce geste prend quatre minutes et il vous évite le seul regret vraiment fréquent.

Quelques semaines plus tard, occupez-vous de ce qui n’a aucune charge affective. Le bac à litière, les produits d’entretien, la vieille housse déchirée, le tapis de propreté. Ces objets partent sans que rien ne se passe en vous, et la maison s’allège d’un tiers.

Reste le gros du sujet, les objets indécis. Ceux-là vont dans un carton que vous fermez au ruban adhésif, en écrivant la date dessus au marqueur. Cave, garage, haut d’un placard. Vous le rouvrez dans six mois. Un carton scellé ne vous saute pas dessus à sept heures du matin, contrairement à un panier resté au milieu du salon. Au bout de six mois, beaucoup de gens rouvrent, jettent les trois quarts sans émotion particulière et gardent trois objets. D’autres referment pour six mois de plus, ce qui est une réponse aussi valable.

Parmi ce que vous gardez, certains objets méritent mieux qu’un carton. L’article sur les moyens de garder une trace de son animal détaille ce qui existe et ce que ça coûte.

Ce que les refuges acceptent vraiment

Le don soulage réellement une partie des gens, pour une raison simple : l’objet n’est pas détruit, il sert à un chien ou à un chat qui en a besoin. Les politiques varient beaucoup d’une structure à l’autre, au point que se présenter sans avoir appelé revient souvent à repartir avec ses sacs.

Trois exemples suffisent à le montrer. La SPA de Lyon accepte les croquettes et les pâtées en emballage scellé, les couvertures et serviettes, les jouets type balles ou Kong, et les cages de transport aux dimensions standard en quantité limitée. Elle refuse les médicaments, les matelas, les coussins et les oreillers. La SPA de Mulhouse accepte les cages de transport et les gamelles en bon état, les arbres à chat, les brosses, la litière scellée, et refuse la nourriture entamée ou périmée ainsi que les couettes et les coussins. Le Refuge de l’Angoumois exclut les couettes et oreillers pour une raison précise, les chiens les éventrent et risquent d’avaler la mousse.

Comptez deux minutes de téléphone, ou un coup d’œil à la page « nous aider » du refuge le plus proche. Beaucoup de structures ont un point de dépôt dans une animalerie partenaire, ce qui vous évite d’entrer dans le refuge lui-même. Prévoyez cette question à l’avance : les chenils s’entendent depuis le parking, et des gens repartent en larmes de ce qu’ils croyaient être une simple course. Confier les sacs à un proche qui les déposera reste une bonne solution.

Les croquettes et les médicaments qui restent

Un sac de croquettes ouvert se conserve mal, les graisses rancissent en quelques semaines une fois le sac percé. Les refuges refusent presque tous les emballages entamés, pour des raisons d’hygiène et de stockage. Les petites associations locales, les groupes de nourrissage de chats libres et les familles d’accueil sont beaucoup moins stricts et récupèrent volontiers un sac ouvert. Un voisin qui a le même gabarit de chien reste la solution la plus rapide.

Les médicaments relèvent d’un circuit différent. Ils ne se jettent ni à la poubelle ni dans les toilettes. Ceux que votre vétérinaire vous a délivrés se rapportent à votre vétérinaire, qui les remet à la filière de collecte des déchets de soins vétérinaires, Cyclavet. Ceux achetés en pharmacie repartent en pharmacie, dans le circuit Cyclamed. Environ 500 tonnes de déchets de soins vétérinaires sont collectées chaque année en France, dont 22 tonnes de médicaments non utilisés. Les refuges les refusent le plus souvent, y compris les boîtes jamais ouvertes, faute de pouvoir en garantir la conservation et la traçabilité. Ne donnez pas non plus un traitement restant à un autre animal sans avis vétérinaire : deux symptômes identiques ne signifient pas deux traitements identiques.

Ce geste suppose de retourner à la clinique où tout s’est passé. Certaines personnes attendent des mois avant d’y remettre les pieds et gardent le sac de boîtes dans un placard. Cela n’a aucune importance.

L’autre animal de la maison, et l’odeur sur le panier

Si un deuxième animal vit chez vous, il a déjà réagi. Une étude italienne publiée en 2022 dans Scientific Reports par Federica Uccheddu et ses collègues a interrogé 426 propriétaires ayant perdu l’un de leurs deux chiens. 86 % ont observé des changements de comportement chez le survivant : 67 % une recherche d’attention accrue, 57 % moins de jeu, 35 % plus de sommeil et plus de peur, 32 % une baisse de la prise alimentaire, 30 % davantage de vocalises. Chez 32 % des chiens ces changements ont duré de deux à six mois, chez 25 % au-delà. Les auteurs rappellent qu’ils peuvent tenir autant à la perte du congénère qu’au chagrin du propriétaire, que l’animal perçoit très bien.

Votre autre chien ou votre chat va donc renifler le panier, s’y coucher, ou au contraire l’éviter soigneusement. Retirer tous les objets d’un coup ajoute un bouleversement à une maison qui vient déjà d’en encaisser un. Enlevez plutôt les choses par étapes, sur plusieurs semaines, en évitant de déplacer les gamelles au moment des repas. Un animal qui va dormir dans le panier du disparu ne manque de respect à personne, il cherche une odeur familière.

Cette odeur est d’ailleurs le vrai sujet. Le panier sent, et il touche souvent plus fort que les photos. L’odeur tient quelques semaines à quelques mois selon le tissu et la ventilation de la pièce, puis elle s’en va, et beaucoup de gens vivent ce moment comme une seconde perte. Pour la conserver plus longtemps, glissez le coussin ou un simple tissu dans un sac de congélation bien fermé. Cela n’a rien de morbide. Rien ne vous oblige non plus à traiter tous les objets pareil : on peut laver la gamelle dès la première semaine et ne pas toucher au panier pendant un an.

Il n’y a pas de bon moment

Le bon moment n’existe pas. Il y a des moments moins mauvais, généralement quand vous vous surprenez à trouver le panier encombrant plutôt que sacré. Ce basculement arrive sans prévenir, souvent en faisant le ménage, et il ne se commande pas. La question ne se résout pas d’un coup, elle s’use.

Si un an après vous ne pouvez toujours pas ouvrir le placard, et que cela va avec un sommeil détérioré, un travail qui souffre ou des invitations que vous déclinez toutes, un psychologue vous aidera plus vite qu’un rangement.

Elle revient une dernière fois au moment de reprendre un animal après un deuil : faut-il réutiliser le panier et les gamelles, ou tout racheter. Certains ne supportent pas l’idée, d’autres ressortent la cage de transport parce qu’elle coûte entre 40 et 80 euros et qu’elle est intacte. Les deux se défendent, et personne n’a à valider votre choix. Le collier, lui, est presque toujours celui qu’on finit par garder. Si vous ne deviez en sauver qu’un avant de fermer le carton, prenez celui-là.

← Retour à l'accueil