Crémation ou inhumation : comment choisir

Votre animal vient de mourir, ou va mourir dans les jours qui viennent, et quelqu’un vous demande ce que vous voulez faire du corps. La question tombe au pire moment. Elle appelle pourtant une réponse assez vite, parce qu’un corps ne se conserve pas et parce que la loi française encadre ce qui peut en être fait.
Quatre voies existent. Laisser le corps au vétérinaire, qui le remet à l’équarrissage. La crémation collective. La crémation individuelle, avec restitution des cendres. L’inhumation, chez vous ou dans un cimetière animalier. Elles coûtent de 0 à plusieurs milliers d’euros et ne laissent pas la même chose derrière elles.
Les premières heures, quand l’animal meurt à la maison
La rigidité cadavérique s’installe entre deux et six heures après la mort. Si vous voulez replacer le corps dans une position couchée, ou le mettre dans un panier ou une boîte, faites-le tout de suite : après, les membres ne bougent plus.
Posez une serviette absorbante sous le corps, les sphincters se relâchent et il y a souvent des écoulements. Installez l’animal dans la pièce la plus fraîche du logement, à l’écart du soleil et des radiateurs. Au-delà de vingt-quatre heures à température ambiante, la décomposition devient visible et odorante, et beaucoup moins en été.
Vous avez donc environ une journée pour décider et passer un appel. Deux numéros suffisent : votre vétérinaire, ou directement un crématorium animalier, dont beaucoup se déplacent à domicile pour l’enlèvement du corps, généralement entre 40 et 90 €. Si vous voulez du temps, le vétérinaire peut conserver le corps en chambre froide un ou deux jours, facturés en moyenne 15 à 40 €. Cela vaut la peine de le demander plutôt que de trancher en pleurant sur le trottoir de la clinique.
Laisser le corps au vétérinaire : l’équarrissage
Si vous ne dites rien, c’est ce qui se passe. La clinique a un contrat avec une société d’équarrissage agréée, qui collecte les cadavres avec les autres déchets d’origine animale. Le corps part vers un centre de traitement où il est broyé, stérilisé sous pression, puis transformé en farines et graisses animales destinées à l’incinération ou à la production d’énergie. La filière est encadrée par le règlement européen 1069/2009 et par les articles L226-1 à L226-9 du code rural et de la pêche maritime.
Rien ne vous revient. Pas de cendres, pas de date, pas de lieu. Certaines cliniques ne facturent rien, d’autres demandent 20 à 50 € de participation. C’est l’option la moins chère et celle qui laisse le moins de prise. Des gens la choisissent en connaissance de cause, parce que le corps ne compte pas pour eux ou parce que le budget ne suit pas. Ce choix n’a rien de honteux. Il est simplement sans retour : une fois le camion passé, il n’y a plus rien à récupérer.
Les deux crémations n’ont de commun que le mot
La crémation collective
Plusieurs animaux sont placés ensemble dans le même four. Les cendres se mélangent et ne peuvent pas être séparées, elles ne vous sont donc pas rendues. La plupart des crématoriums les dispersent dans un jardin du souvenir, un espace paysager qui leur appartient ou qui jouxte un cimetière animalier. D’autres les enfouissent sur place. Quelques-uns les évacuent comme un déchet ordinaire. Posez la question à l’opérateur avant de signer : la réponse varie d’une société à l’autre, et vous avez le droit de savoir. Beaucoup remettent un certificat de crémation avec la date.
Comptez 20 à 35 € pour un rongeur ou un oiseau, 45 à 70 € pour un chat, 60 à 80 € pour un chien de moins de 10 kg, 80 à 110 € entre 10 et 25 kg, 110 à 150 € au-delà.
La crémation individuelle
L’animal est seul dans le four, identifié par une plaque ou un numéro qui suit le corps jusqu’à la remise des cendres. Vous les récupérez au bout de quelques jours, parfois deux semaines, chez le vétérinaire ou au crématorium. Certains centres vous laissent assister à la mise au four, moyennant 40 à 70 €.
Les prix vont de 140 à 180 € pour un chat, 160 à 210 € pour un petit chien, 190 à 250 € pour un chien moyen, 240 à 320 € pour un grand chien. L’urne est presque toujours facturée en plus, de 20 à 40 € pour un modèle simple, de 60 à 150 € pour une urne travaillée. Méfiez-vous d’une formule intermédiaire vendue sous le nom de crémation « plurielle » ou « semi-collective » : plusieurs animaux passent dans le même four, séparés par des cloisons, et la pureté des cendres rendues n’est pas garantie. Demandez lequel des deux on vous propose. Le détail des prestations et des écarts entre régions est dans notre article sur le prix d’une crémation de chien ou de chat.
Enterrer : le jardin ou le cimetière animalier
Le code rural admet l’enfouissement par son propriétaire d’un animal de compagnie de moins de 40 kg, sur un terrain lui appartenant, à condition de respecter trois règles sanitaires : 35 mètres au minimum de toute habitation, puits ou point d’eau, 1,20 mètre de profondeur, et le corps recouvert de chaux vive avant de reboucher. Une jardinière de balcon et un potager de ville ne remplissent presque jamais la première condition.
Le sujet est plus disputé qu’il n’y paraît. Des règlements sanitaires départementaux durcissent les règles, et l’Ordre national des vétérinaires considère l’inhumation à domicile comme interdite quel que soit le poids, au motif du risque de contamination des nappes. Si vous envisagez cette solution, lisez d’abord ce que dit précisément la loi sur l’enterrement au jardin, notamment sur ce que devient la tombe si vous vendez la maison.
Le cimetière animalier est l’autre forme d’inhumation. Il en existe une trentaine en France, le plus ancien étant celui d’Asnières-sur-Seine, ouvert en 1899. Vous n’y achetez pas un terrain, vous louez un emplacement pour une durée déterminée, une concession, d’un an à vingt ou trente ans selon les établissements. À l’échéance, vous renouvelez ou l’emplacement est repris et les restes vont à l’ossuaire commun. C’est le point que les familles découvrent souvent trop tard.
Les tarifs sont hétérogènes. Certains cimetières louent la concession autour de 100 € l’année, d’autres proposent des forfaits de vingt ans à près de 2 000 €. L’inhumation individuelle en pleine terre démarre vers 395 € avec une plaque gravée, une fosse commune vers 80 €, une case de columbarium vers 390 €, un caveau familial où plusieurs animaux se succèdent dépasse 2 000 €. L’enlèvement du corps est facturé à partir de 50 €.
Ce que la loi interdit dans tous les cas
Jeter le corps d’un animal aux ordures ménagères, dans les égouts, en forêt ou dans un cours d’eau est une contravention punie de 150 € d’amende au titre de l’article R632-1 du code pénal. Cela vaut pour un hamster comme pour un berger allemand.
Au-dessus de 40 kg, vous n’avez plus le choix : le propriétaire doit aviser le service d’équarrissage dans les meilleurs délais et au plus tard 48 heures après la mort. L’enlèvement intervient dans les deux jours francs suivant la demande, pour un coût de l’ordre de 100 €. Votre mairie vous indique le prestataire du département. Un grand danois, un léonberg ou un dogue ne peuvent donc pas être enterrés au jardin, même en respectant les 35 mètres.
Reste la déclaration du décès à l’I-CAD si l’animal était pucé ou tatoué, et la résiliation de l’assurance santé. Ces formalités sont détaillées dans notre article sur les démarches administratives après la mort d’un animal.
Décider quand on n’a pas la tête à ça
La décision se prend le plus souvent dans la demi-heure qui suit une euthanasie, debout dans un couloir, alors qu’on est incapable d’aligner deux phrases. Vous pouvez demander à y réfléchir jusqu’au lendemain, la chambre froide existe pour ça.
L’écart entre une crémation collective et une crémation individuelle représente 100 à 200 € pour un chat, davantage pour un grand chien. Cette somme compte dans beaucoup de foyers et elle ne mesure rien de votre attachement. Les regrets que les gens expriment ensuite portent rarement sur la formule choisie, plus souvent sur le fait de n’avoir pas compris ce qu’ils choisissaient, ou de n’avoir rien gardé du tout. Si vous hésitez, sachez qu’une empreinte de patte dans l’argile ou une mèche de poils se prend en deux minutes au moment de l’adieu, indépendamment du reste, et coûte quelques euros. Nous détaillons ces possibilités dans garder une trace de son animal.
Et si, des semaines plus tard, la décision prise ce jour-là continue de vous réveiller la nuit, vous n’êtes ni faible ni ridicule. Un chagrin qui s’installe durablement dans le sommeil, dans le travail ou dans l’envie de voir du monde mérite d’être raconté à quelqu’un, un proche ou un psychologue.


